Renaissance

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- Catégories : Entrepreneuriat

En début de semaine, je prenais la parole sur mon compte personnel @maelysndad pour simplement vous expliquer que 4 ans après la création de ma marque SAAJ, je suis enfin prête à vous parler à cœur ouvert. Et comme c’est toujours mieux de savoir d’où l’on vient avant de définir où l’on veut aller, je vais commencer par vous faire un premier bilan de cette aventure aussi fascinante, qu’éprouvante. Si vue de l’extérieure tout paraît beau et facile, la réalité est souvent un peu (beaucoup) plus compliquée. Ces quatre dernières années ont été pour moi une succession de réussites inespérées et d’échecs parfois douloureux.



Mon histoire commence comme souvent par un rêve, par une douce illusion, celle de croire qu’avec simplement ma fougue, ma passion et mon énergie je pourrai réaliser mon rêve : ouvrir un petit atelier de couture à Paris. Pour la petite confidence, notre premier rendez-vous avec celui qui deviendra mon mari et associé s’est déroulé à côté du Marché Saint-Pierre (lieu bien connu des amateurs de tissus parisiens) car j’avais prévu de mêler l’utile à l’agréable en chinant quelques coupons après notre déjeuner. Une bonne façon de mettre tout de suite l’amoureux dans le bain. Aussi fou que cela puisse paraître aujourd’hui, je n’avais que ma passion et quelques vagues connaissances dans le digital (du fait de mes études). Je manquais de ressources financières, n’avais aucune notion de gestion d’entreprise ou de management ! Je n’avais que mon rêve et c’était déjà plus qu’il ne m’en fallait pour me lancer. Avec le recul, je n’avais pas anticipé les nombreuses difficultés auxquels nous avons dû faire face par la suite comme par exemple les nuits entières passées avec mon mari à couper des modèles ou faire des emballages dans notre petit appartement de 25m2 où nous stockions des rouleaux de tissu derrière le canapé… Heureusement que je suis une éternelle rêveuse car jamais cette belle histoire n’aurait pu exister autrement…

Une fois lancée, pourtant, il a bien fallu redescendre sur terre. Vous avez beau avoir toute la fougue du monde, vous savez, cette énergie si forte qui vous fait oublier les effets de la fatigue, vous avez beau acheter vos premiers tissus grâce à vos petites économies, vous avez beau connaître vos premiers succès d’estime sur les réseaux sociaux, cela ne suffit malheureusement pas à donner vie à un projet infiniment plus complexe que ce que j’avais imaginé… Heureusement pour moi, j’ai eu la chance d’avoir été accompagnée par ma famille et un (futur) mari qui m’a soutenu corps et âme dès les premières secondes de vie de ce projet. Il a su m’apporté une grande partie de ce qui me manquait. Depuis, j’avance, j’apprends, j’accepte mieux ces nombreuses contraintes aussi éloignées de mon rêve initial qu’indispensables (rédiger des statuts d’entreprise, gérer une comptabilité, négocier avec des fournisseurs, respecter un planning…). En parallèle de l’aventure SAAJ, c’est aussi la jeune fille que j’étais qui a évolué en même temps que son entreprise, au fil de ses réussites et de ses échecs.



Si je devais identifier ce qui a été mon apprentissage le plus difficile dans les premiers mois de SAAJ Paris, je parlerais du Management. En 2017 je recrutais ma toute première salariée (S.), qui est aujourd’hui notre Responsable Relation Clients. (S.) était tellement géniale dès son arrivée qu’elle ne m’a pas permis de me confronter aux vraies difficultés du Management. (S.) vit mon rêve, ma passion, mes victoires, mes doutes. Nous bâtissons une relation de pleine confiance. Les victoires et défaites de l’entreprise l’affectent autant que moi. Elle est tellement personnellement impliquée qu’elle me donne le sentiment que tous les salariés sont ainsi. Que ce niveau d’investissement, d’exigences personnelles est parfaitement normal et c’est ce que j’attends donc de mes futurs salariés. … Il m’a fallu beaucoup de temps, des échecs managériales et les conseils d’un mari plus expérimenté que moi pour que je me rende compte que ce n’était pas normal. Savoir insuffler une dynamique, une motivation et un enthousiasme à ses équipes est indispensable mais il est impossible d’attendre de ses collaborateurs qu’ils aient le même rapport quasi charnel avec cette entreprise qui est devenue mon bébé et pour laquelle je consens à tous les sacrifices.



Cet apprentissage a été pour moi douloureux. J’ai compris à mes dépens qu’une entreprise n’était pas un sprint mais un très long marathon. J’ai découvert que chaque salarié avait sa propre sensibilité, c’est ce qui fait la beauté d’une entreprise et en même temps la difficulté du management. J’ai surtout compris à quel point il est parfois difficile d’être à la hauteur de ses engagements et notamment de concilier des impératifs de formation et des réalités d’entreprise. Parmi les personnes qui nous rejoignent en 2018, se trouvent 2 apprenties modélistes qui doivent me seconder dans la création des collections. A cette période, nous ne sommes pas encore structurées, l’entreprise est très mal organisée. Nous gérions encore tous nos envois de colis nous-même dans la petite arrière-boutique de l’atelier SAAJ au 3 rue Thorel. Nous commencions à être totalement dépassées par notre succès et durant 6 mois, jusqu’à l’arrivée de notre responsable modéliste, nos apprenties passent plus de temps à emballer des colis qu’à faire des patronages…



Cet échec, je me dois de l’assumer ! En prenant la parole aujourd’hui j’ai décidé d’être honnête et transparente dans mes témoignages. Il s’agit de vous parler à cœur ouvert des difficultés que j’ai pu rencontrer dans ma vie d’entrepreneuse et de vous montrer l’envers de ce décor. Si je ne le fais que maintenant c’est que, paradoxalement pour une amoureuse d’Instagram comme moi, il m‘a fallu du temps pour apprivoiser sincèrement les réseaux sociaux… Jamais mon rêve n’aurait été possible sans cet outil et pourtant j’ai aussi dû apprendre à m’en détacher au fil du temps pour éviter de prendre trop personnellement ce que je pouvais lire ici et là. Même si la majorité des personnes ici sont bienveillantes et même absolument adorables, certaines remarques sont parfois difficiles à encaisser pour une rêveuse comme moi. Lorsque l’on m’a par exemple « gentiment » fait remarquer que je n’étais pas assez « blanche de peau » pour créer une marque française, j’ai été beaucoup affectée… De même, lorsque l’on m’a traitée de raciste parce que je ne mettais pas assez de modèles « noirs de peau » en valeur… Il était primordial pour moi de me protéger de tout ceci en m’exprimant avec parcimonie et de simplement attendre d’être assez forte pour m’assumer telle que je suis, sans craindre d’être trop affectée par le regard des autres.



J’ai l’impression que c’est le cas aujourd’hui et je suis convaincue que la naissance de ma fille m’y a beaucoup aidé. Elle m’a permis de découvrir qui j’étais et où je voulais aller. C’est en devenant maman que mes priorités ont été totalement chamboulées. Ce qui me faisait rêver il y a quelques années à peine ne me suffisait plus. Je ne veux plus simplement que Valentina soit contente d’avoir une maman créatrice de mode, je veux qu’elle soit profondément fière d’avoir des parents qui à leur modeste échelle ont essayé de rendre le monde un tout petit peu meilleur. C’est pour cette raison que malgré d’innombrables sollicitations, nous avons toujours fait le choix de conserver la grande majorité de notre production en France et d’avoir un modèle de création et production en cycle court. C’est aussi dans cette optique que nous nous sommes lancés en Automne dernier l’objectif d’utiliser ¾ de matières naturelles dans nos collections mais en raison de la crise du Covid-19 nous n’avons pas réussi à tenir cet engagement pour notre saison d’hiver. Pour le printemps, nous avons travaillé si dur pour que SAAJ débute une profonde transformation.

Vous pourrez dès la capsule de mars connaître l’origine, ainsi que la certification de nos matières utilisées dans nos collections. Ces nouveaux symboles présents sur les fiches produits sont là pour vous aider à facilement reconnaître un tissu tissé en France, certifié OEKO-TEX, l'utilisation de Polyester Recyclé. Nous sommes très fiers de cette collection car la plupart de nos matières sont naturelles, certifiées, contrôlées et vérifiées. Ce sont les nouveaux objectifs que nous nous sommes fixés parmi tant d’autres que nous vous ferons découvrir dans les prochaines semaines.





Grâce à cette formidable aventure, grâce à un mari devenu pilier, grâce à une équipe qui rend possible tout ce que vous pouvez voir ici, grâce aux réussites et d’échecs rencontrés, grâce à ma famille toujours présente, je sais désormais qui je suis, je sais d’où je viens, je sais où je vais et je sais ce que je veux que SAAJ devienne dans l’avenir… Je n’ai pas la prétention de changer le monde ni les épaules pour… J’ai juste l’ambition d’améliorer les choses à ma modeste échelle.



C’est la promesse que je fais à ma fille.



J’espère ne pas avoir été trop longue.
Je vous embrasse,

M.

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5 commentaires

Agnès - 05/03/2021 22:59:35


Je n'ai découvert que très récemment SAAJ et je suis devenue une fan inconditionnelle. Tout est beau dans ce que vous faites. Je suis pleine d'admiration pour les personnes comme vous, qui ont le courage de suivre leur rêve malgré les difficultées rencontrées. Bravo !

Laurence C - 04/03/2021 09:01:34


bonjour et merci pour cette générosité ! Ce qui me frappe dans votre récit c’est cette passion qui a été assez forte pour entrainer avec vous votre entourage! comme un amour impossible qui devient inévitable! Je travaille dans la mode et je sais a quel point la vision des valeurs au quotidien est un réel défi dans ce monde de fast fashion. continuez à faire vivre vos valeurs comme vous le faites depuis 4 ans! félicitations

Margaux P - 28/02/2021 21:34:43


Tout simplement bravo. Merci pour votre transparence. Merci pour ces jolies matières et modèles. Merci pour votre engagement envers la planète.

Charl0tte_fraise - 28/02/2021 20:42:32


J’ai pris plaisir à lire ce billet, à découvrir l’envers du décor, en toute transparence, sans enjoliver ni minimiser ces débuts faits d’apprentissages heureux ou plus difficiles ! J’aime aussi ce nouvel objectif, j’ai hâte de découvrir les autres... mais surtout, je souhaite de tout cœur que la situation actuelle s’assainisse, pour ne pas vous impacter encore ni ralentir vos projets (ainsi que la vie de tous ceux qui pâtissent de cette crise depuis un an déjà). Bonne continuation à vous et à votre équipe !

Lise Heble - 28/02/2021 20:42:27


Comment dire les choses simplement... Bravo pour votre merveilleux travail et votre engagement pour notre planète... a votre «modeste échelle» et c’est si beau de voir la vie et l’avenir de cette façon, j’ai hâte de découvrir vos prochaines collections !